la discussion de la dernière chance avec l’Iran

Lundi prochain à Vienne : la discussion de la dernière chance (012311/21) [Analyse]

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

Lundi prochain, 29 novembre, doit se tenir à Vienne une importante discussion entre les représentants des 5+1 – les pays membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne – et ceux de la Théocratie iranienne.

Ce sera la première réunion depuis très longtemps entre ces protagonistes signataires du Plan d’Action Global Commun (PAGC), le 14 juillet 2015, autrement dit l’accord sur le nucléaire iranien.

Jusqu’à maintenant Téhéran avait usé et abusé de tous les prétextes afin de retarder cette échéance, mettant à profit le temps ainsi obtenu pour avancer dans son programme de fabrication de la bombe atomique.

Depuis 2015, Khameneï, le « guide suprême » de la « République » islamique d’Iran, n’a respecté aucun de ses engagements prévus dans l’accord. Ni au niveau du matériel qu’il avait le droit d’utiliser – particulièrement les centrifugeuses -, ni de la quantité d’uranium enrichi qu’il avait le droit de détenir, non plus que de son degré de purification.

Ainsi, selon l’AIEA, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique dépendant de l’ONU, les ayatollahs ont amassé 17,7 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % de pureté fissile, soit une augmentation de près de 8 kilogrammes depuis août.

Faire passer l’uranium de 60 % de pureté fissile au degré nécessaire à la fabrication d’une bombe est un jeu d’enfant. Le PAGC fixait à 3,67 % le seuil maximum d’enrichissement autorisé à l’Iran. Un autre monde !

Tout aussi préoccupante est la décision de Téhéran d’interdire l’accès aménagé par l’accord de 2015 aux inspecteurs de l’AIEA à ses sites nucléaires, de même qu’aux caméras de surveillance qu’ils avaient installées aux endroits sensibles en vertu des provisions du PAGC.

L’éloignement des commissaires de Vienne a des conséquences dramatiques, comme en témoigne l’aveu d’impuissance concédé ce mois par le chef de l’AIEA, Rafael Grossi, à l’Associated Press. C’est comme « voler dans un ciel très nuageux » a dit le diplomate argentin.

Ce qui signifie que la Théocratie peut aussi bien posséder 30 kilos d’uranium à 60 % et avoir significativement progressé dans le domaine de la « weaponization » de son projet. C’est-à-dire la transformation de ses connaissances en une arme. En une bombe.

L’AIEA n’en sait rien, elle est cantonnée par son aveuglement indépendant de sa volonté à faire des supputations.

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Le 8 mai 2018, Donald Trump, excédé par les innombrables ruptures de l’accord par Khameneï, et d’être pris, lui et l’Amérique pour des guignols, avait rendu publique sa décision de dénoncer le PAGC ainsi que de rétablir les sanctions au plus haut niveau contre la Théocratie chiite.

Une fois élu, Joe Biden s’était empressé d’annoncer son intention de réintégrer l’accord, mais malgré sa pusillanimité, Khameneï l’avait ridiculisé, interdisant même à ses émissaires d’entretenir des contacts directs avec leurs homologues U.S.

En gros, cela fait depuis 2016 qu’on ne s’est pas parlé.

Et les Perses ont mis à profit chaque heure de cette absence de dialogue pour avancer vers leur bombe. Selon tous les indicateurs, ils sont tout près d’atteindre leur objectif, certains observateurs affirmant même qu’il serait déjà trop tard et que les Iraniens auraient franchi le point de non-retour.

Ce à quoi l’ancien chef du Mossad – l’agence nationale de renseignement d’Israël – Yossi Cohen a répondu dimanche dans une interview à Haaretz : « Il n’est jamais trop tard ! ».

En Israël, on est prêt à lancer une opération militaire à tout moment contre la Théocratie, son infrastructure nucléaire et ses stocks de missiles balistiques.

On a investi des milliards de dollars dans cette préparation, davantage que jamais auparavant pour s’entraîner à une opération militaire. On reproche parfois à la Ména de mentionner trop fréquemment l’option militaire d’Israël face à l’industrie iranienne de la bombe ; je peux quant à moi vous assurer que nous sommes très modérés dans nos évaluations en comparaison de ce qu’affirment sans discontinuer le premier ministre Bennett, le ministre de la Défense Gantz, celui des Affaires Etrangères Lapid, sans oublier le chef d’état-major de Tsahal Aviv Kokhavi. Même le Président Herzog, en visite à Londres, a tenté de persuader ses interlocuteurs britanniques de rester fermes sur leurs exigences lundi prochain dans la capitale autrichienne.

Ici, on peut réellement parler d’une veillée d’armes. C’est à peine si l’on a accepté la requête de Washington de ne rien faire jusqu’à la réunion de lundi et des quelques jours qui suivront.

Mais prenant la parole à l’occasion d’une conférence organisée par l’Université Reichman d’Herzlia, pas plus tard que ce mardi matin, Naftali Bennett a déclaré : « Même s’il y a un retour à un accord, Israël n’y est bien sûr pas partie prenante et n’est pas lié par celui-ci ».

Le Premier ministre se faisait l’écho d’une affirmation du ministre de la Défense Benny Gantz dimanche soir. L’ancien commandant en chef de Tsahal avait posé les conditions de Jérusalem à la reconduction d’un accord avec Téhéran. La seule façon pour qu’il détourne Israël de son intention d’oblitérer militairement les installations nucléaires de l’Iran serait qu’un nouvel accord impose le « démantèlement des capacités nucléaires actuelles de l’Iran et mette en œuvre une inspection indépendante et efficace sur les sites de production d’uranium et d’armements », a déclaré Gantz à l’occasion d’une rencontre sur la sécurité d’Israël.

Le fossé entre Jérusalem et Washington est non seulement large sur la question iranienne, il est de plus ontologique. En cela qu’il concerne des perceptions fondamentales divergentes entre les deux pays, des différences ayant trait à la « nature de la réalité ».

A Jérusalem, on veut priver la Théocratie chiite de se rapprocher plus avant de la bombe atomique.

A Washington on veut gagner du temps afin de repousser la confrontation qui semble pourtant inévitable.

C’est dans ce but que le chef de l’AIEA Rafael Grossi est arrivé la nuit dernière à Téhéran. Pour avertir diplomatiquement les responsables de la Théocratie que, la semaine prochaine, il vaudrait mieux cesser la politique de la perte de temps. Car autrement, Israël n’écoutera plus Joe Biden, quitte à se brouiller avec les Etats-Unis. Grossi leur dira que pour Israël une dispute avec son allié numéro un est préférable en l’état à un Iran atomique.

Il est peu probable que lundi prochain les Iraniens acceptent le démantèlement de leurs capacités nucléaires, mais ce que visera la diplomatie U.S. ce sera qu’ils remettent leur quantité d’uranium hautement enrichi à une tierce partie, probablement la Russie, qu’ils s’abstiennent d’en enrichir davantage, et qu’ils rétablissent l’accès des commissaires de Vienne à leurs installations.

Ce, pendant la durée que prendront de nouvelles négociations.

Washington pense qu’à ces conditions elle aura suffisamment d’arguments pour convaincre les Israéliens de surseoir à leur opération militaire. Ce, ajouté à la livraison de quelques systèmes d’armements que l’Etat hébreu réclame depuis longtemps, et à l’acceptation de financer de nouvelles recherches devrait satisfaire la coalition aux affaires dans la ville trois fois sainte.

A la Ména nous disons que cela dépendra primordialement de la qualité et de la solidité des engagements que l’Administration Biden obtiendra des Perses. Ainsi que, naturellement, de la volonté de Khameneï d’éviter l’affrontement avec Israël. Et du temps que cela prendrait pour mettre en place cet « accord intermédiaire ». Au mieux, Tsahal attendra jusqu’à la fin de l’année, ensuite il agira.

Que se passera-t-il « après », si un tel accord intermédiaire est conclu ? Les Américains n’en savent rien, et pour la dictature religieuse au pouvoir en Iran, l’obtention de la bombe représente la seule planche de salut.

Pour résumer la situation de la junte cléricale de Khameneï, nous entérinerons les propos de Naftali Bennett ce matin : « ils sont incapables de fournir de l’eau à leurs citoyens. De l’eau ! ». Le reste va de soi, ces ayatollahs se maintiennent en ayant recours « à la force et à la peur », et ce régime « a atteint son point [de précarité] le plus extrême depuis 1979 », l’année où il a pris le pouvoir en renversant la dynastie des Pahlavi, Bennett dixit..

Dans les faits, Khameneï aurait grandement intérêt à accepter le principe d’un nouvel accord intermédiaire, quitte à exiger la levée de certaines sanctions pour préserver l’honneur de la Révolution khomeyniste. Car le pays qu’il administre n’a pas les moyens de déjouer une attaque israélienne, ni même de la gêner aux entournures.

De plus, les Israéliens jouissent d’un soutien infiniment plus étendu que le sien parmi les Iraniens. Lors, cela procède d’un déséquilibre dangereux pour lui : un désastre militaire face à Tsahal pourrait déclencher l’ultime révolte des Iraniens contre sa tyrannie. Il se pourrait même que des sections entières de l’Armée régulière iranienne rejoignent les insurgés.

Reste à savoir à quel point Khameneï et son entourage sont synchrones avec la réalité et la logique. Où se situe la limite du poker-menteur permanent auquel ils se livrent ? S’ils sauront s’arrêter avant de faire le pari de trop ?

Reste aussi que le vrai problème ce n’est pas les Iraniens, ce sont les Américains. Avant de parler de Joe Biden, on est bien obligé de constater que dès qu’une décision touche à l’activité des forces armées américaines en dehors des Etats-Unis, les choses se mettent à échapper à l’analyse rationnelle pour les dirigeants politiques yankees.

Pas uniquement pour les Démocrates. On se souvient que c’est Donald Trump qui a abandonné ses alliés kurdes du Rojava aux griffes d’Erdogan ; et que c’est à Vladimir Poutine et non à Trump qu’ils doivent d’avoir échappé à un authentique massacre. Poutine ayant délimité la « zone de sécurité » en Syrie laissée en pâture au nouveau sultan islamiste d’Ankara. A ce jour, aucun pied de soldat turc ne s’est posé au-delà de la zone concédée, Erdogan étant conscient que l’on ne se moque pas impunément du Tsarévitch.

Il n’en demeure pas moins que cette invasion partielle par les Ottomans de la Syrie n’avait pas lieu d’être, car les Kurdes n’ont jamais de toute leur existence menacé la Turquie. Il aurait fallu simplement que Trump dise non au sultan pour qu’il renonce à sa campagne d’extension. Il n’allait tout de même pas se frotter à la plus grande puissance mondiale.

Mais les relations entre Washington et le tyran raciste, anti-chrétiens et antisémite d’Ankara étaient amicales et elles le sont restées. Au point que la Maison Blanche affiche une stricte neutralité face aux provocations répétées de l’Armée turque contre la Grèce et Chypre. Ces deux pays devant principalement compter sur la France et Israël pour se protéger d’un ennemi impérialiste bien plus grand et plus riche qu’eux.

Ce que Donald Trump a fait est grave, c’est une véritable trahison. Mais ce n’est rien encore comparé à la politique extérieure obamienne. De l’abandon de l’ambassadeur étasunien J. Christopher Stevens à Benghazi [Lybie] à ses assaillants islamistes, qui l’ont violé, émasculé et assassiné, de même que trois autres fonctionnaires américains. Ce, alors que des commandos de l’Oncle Sam se tenaient prêts à leur venir en aide, qu’ils en ont été empêchés par Obama, qui a ensuite consenti d’importants efforts afin de brouiller les pistes menant aux évidences.

Que dire de la débâcle afghane de Joe Biden ? Autrement qu’il s’est agi d’une fuite désordonnée qu’aucune considération stratégique ou même tactique n’imposait. Une fois de plus, les amis de l’Amérique sont livrés sans la moindre raison à des ennemis sanguinaires, sans parler des armes et des munitions que les boys ont abandonnées en déguerpissant ventre à terre.

Que dire aussi des égards dont les Démocrates entourent les bouchers iraniens ? En dépit du fait que ces derniers n’hésitent pas à tuer régulièrement des soldats U.S. en Irak, à provoquer la flotte arborant le stars & stripes dans le Golfe arabo-persique, à attaquer, voire kidnapper des bateaux commerciaux sous son nez, et même des bâtiments de l’U.S. Navy et leur personnel, ainsi qu‘à attaquer les exploitations pétrolières de l’allié saoudien.

Le tout sans que Washington ne bronche, comme si elle craignait la force militaire des ayatollahs..

La politique étrangère américaine en général, Démocrate en particulier, est difficile à cerner. Ce, d’autant plus que dans l’affaire iranienne le département d’Etat de J. Blinken ainsi que le Pentagone ne suivent pas le Président, ou alors en traînant les pieds.

Même lorsque la Maison Blanche riposte médiatiquement, elle le fait de façon maladroite. A l’instar de ce fuitage dans le New York Times – le porte-parole officieux des administrations Démocrates – dimanche dernier, quand des sources anonymes du gouvernement « ont averti Israël que les attaques contre les installations nucléaires iraniennes sont contre-productives et pourraient encourager Téhéran à accélérer son programme nucléaire ».

Les drôles !

A croire que Téhéran n’est pas au taquet dans son programme nucléaire, et qu’il a les moyens, financiers et techniques, de l’accélérer à sa guise lorsqu’il subit des dégradations majeures..

A croire que la Théocratie n’est pas certaine de vouloir fabriquer des bombes atomiques et que sa volonté serait conditionnée par les réactions de ses adversaires ?

Ces deux dernières conjectures de l’Administration Biden oscillent entre le dérisoire et le pathétique. Elles prennent les Iraniens pour des épouvantails à moineaux et les analystes stratégiques de la planète pour des andouilles.

Le NYT : « L’Iran a rapidement repris ses opérations dans les installations endommagées par les explosions causées par les services de renseignement israéliens, les modernisant même avec des machines plus récentes permettant un enrichissement plus rapide de l’uranium, a indiqué le journal ».

Pour le coup, les officiels israéliens ne s’en sont pas laissé compter et ils ont déposé les gants du langage diplomatique pour répliquer [également sous le couvert de l’anonymat, ils savent aussi le faire], « rejetant les avertissements, et affirmant qu’ils n’avaient pas l’intention d’arrêter les attaques de sabotage contre les installations iraniennes ».

Nul doute que la corde est parvenue au point maximal de tension avant la rupture entre les deux meilleurs alliés du monde ; et ce n’est pas les fuitages contrôlés de cette qualité dans le NYT qui vont détendre l’atmosphère.

Yossi Cohen, l’ancien chef du Mossad, a affirmé qu’Israël était en mesure d’éliminer seule la menace nucléaire iranienne, comme elle l’a déjà fait en Irak et en Syrie.

La Ména rappelle humblement aux « fuiteurs » américains que le plan israélien préconise des frappes d’entretien après l’opération principale, afin d’empêcher durablement l’ennemi de remettre le programme nucléaire sur ses rails.

Nous assurons M. Biden que l’Amérique n’a rien à craindre de la capacité actuelle de nuisance de l’Armée iranienne, mais qu’en revanche, les Etats-Unis eux-mêmes seraient durablement en danger si la Théocratie obtenait la bombe atomique.

Tous les dirigeants hébreux se rejoignent sur le point que nous ne permettrons jamais à la Révolution khomeyniste de devenir une puissance nucléaire. Et que, contrairement à Joe Biden qui prétend la même chose mais œuvre dans le sens contraire, tous nos dirigeants pensent ce qu’ils disent. Tous sont conscients du fait que nous sommes capables de priver les Théocrates chiites des moyens de produire la bombe. Que Tsahal est prêt à intervenir. Que l’opération serait moins compliquée voire périlleuse qu’il n’y paraît à certains.

Surtout, qu’à l’instar des peuples épris de liberté de la planète, à l’image des 5+1, nous n’avons pas vraiment le choix.

Naftali Bennett a révélé ce matin que lorsqu’il est arrivé au pouvoir en juin, il a été choqué par « l’écart entre la rhétorique et l’action [de Binyamin Netanyahu] concernant les préparatifs et les capacités d’Israël contre le programme nucléaire iranien ».

Je vous assure que cette disparité est désormais comblée. Que les savants et les militaires iraniens présents sur les sites nucléaires persans doivent regarder le ciel avec une grande appréhension pour leur vie. Particulièrement à tout moment à partir de l’instant où les délégations se seront séparées à Vienne.

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