La Russie fournit de la technologie nucléaire au régime génocidaire du Soudan

Publié par Ftouh Souhail le 28 mars 2018

Le président soudanais Omar el-Béchir, poursuivi pour génocide, a réussi à convaincre les Russes de lui fournir des technologies nucléaires. Son pays s’intéresse à se lancer avec la Russie dans ce domaine sensible et à élaborer un programme de coopération.

Le ministre soudanais des Ressources hydrauliques, de l’Irrigation et de l’Électricité, Moutaz Moussa, a fait part le  10 mars dernier de la signature d’un accord avec la Russie dans le cadre du projet de station nucléaire flottante russe de faible capacité mais très facilement manœuvrable.

Le Soudan compte, selon cette autorité soudanaise, sur la construction par le géant public russe Rosatom d’une grande centrale nucléaire civile, d’ici 8 ans, sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

La Russie et le Soudan ont signé fin novembre 2017, lors d’un déplacement du Président soudanais Omar el-Béchir à Moscou, un accord de coopération dans le domaine du nucléaire.

L’accord intergouvernemental sur la coopération dans l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins civiles prévoit, selon un communiqué russe publié à l’époque par le groupe public russe Rosatom, les coopérations pour le lancement notamment des infrastructures et la formation des experts à cette fin ainsi que la construction de petites centrales flottantes plus une grande centrale sur le sol soudanais.

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Le Soudan se tourne vers la Russie

Ce jeudi 22 mars 2018, le président russe Vladimir Poutine a eu un entretien téléphonique avec son homologue soudanais Omar el-Béchir. Les deux hommes ont évoqué ensemble les relations bilatérales et les différentes possibilités qui s’offrent à eux pour les développer.

Poutine a confirmé dans cet entretien son soutien à Khartoum ainsi qu’à l’intensification des investissements russes au Soudan, dans les domaines de l’énergie, du pétrole, du gaz et des mines d’or. Omar el-Béchir a félicité Poutine pour sa réélection à la tête de la Russie et il l’a invité se rendre au Soudan.

Des analystes arabes constatent depuis quelque temps les signes d’un rapprochement Khartoum-Moscou, au détriment de l’axe américano-israélien soutenu par Riyad. Un analyste politique renommé du monde arabe estimait que les propos d’el-Béchir à l’issue de sa rencontre avec son homologue russe à Moscou confirmaient cette réalité

À rappeler qu’en novembre dernier, le président soudanais s’était rendu en Russie pour une visite de 4 jours. Lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine, le dictateur  arabe a déclaré que son pays avait besoin du soutien des autres pays face aux hostilités américaines. Le Soudan a même demandé la protection des Russes contre les États-unis.

Le ministre soudanais de la Défense et le chef d’état-major adjoint de l’armée russe se sont rencontrés, le 28 décembre 2017, à Khartoum. Lors de cette rencontre, Awad Mohamed Ahmed Bin Aouf, ministre soudanais de la Défense a insisté sur l’importance de l’essor des coopérations militaires entre les deux parties. Les deux hommes ont également pris part à une conférence de presse conjointe et a plaidé pour le renforcement des échanges militaires entre les deux pays.

Le Soudan pourrait devenir, selon des analystes européens, la clé de la Russie en Afrique. Ce rapprochement a été  accéléré depuis que l’ambassadeur russe au Soudan a été retrouvé mort dans sa piscine, en août 2017.

Le régime va même offrir aux russes la possibilité d’avoir une base militaire directement sur  la mer Rouge.

Un revirement soudain du Soudan 

Malgré l’appui soudanais à l’Arabie saoudite dans divers dossiers internationaux, la baisse du soutien financier de Riyad a suscité l’ire des responsables soudanais.

Le Soudan a été l’un des premiers pays à soutenir l’offensive de l’armée saoudienne baptisée « Tempête décisive » contre les rebelles chiites au Yémen en mars 2015. Ce soutien ne se limitait pas au domaine politique, Khartoum a envoyé rapidement des milliers de soldats au Yémen pour participer aux opérations militaires. En l’espace de trois ans, des dizaines d’entre eux ont été tués dans les combats, ce qui a provoqué la protestation silencieuse des diverses couches de la société soudanaise.

Cette colère a fait surface dans des articles d’écrivains soudanais bien connus, et il est remarquable que les autorités soudanaises aient critiqué directement l’Arabie Saoudite, contrairement aux périodes précédentes.

Ziauddin Bilal, le rédacteur en chef du journal arabophone Al-Sudani, est le dernier à se rallier à une liste d’écrivains qui ont récemment critiqué Riyad pour plusieurs raisons, notamment son refus de soutenir le Soudan dans la crise économique auquel il fait face et le refus des banques saoudiennes de restituer leur épargne aux expatriés soudanais, et ce alors que les Etats-Unis ont levé leurs sanctions contre le Soudan.

Pour sa part, Abdul Majid Abdul Hamid, rédacteur en chef du journal Al-Masadir, tout en critiquant les positions de Riyad, a déclaré que la baisse du soutien financier de Riyad n’est pas acceptable alors que « l’Arabie saoudite s’engage à fournir toute l’aide demandée par l’Égypte, qui a reçu depuis 2011 plus de 21 milliards de dollars de soutien financier de la part des pays du golfe , en particulier l’Arabie saoudite, pour soutenir le gouvernement d’al-Sissi en Égypte ».

Ce faisant, le désespoir des Soudanais envers les positions de Riyad ne se limite pas aux écrivains, ce sentiment étant partagé par certains partis alliés du gouvernement de Khartoum.

Le chef du Parti du congrès populaire, Sher Adam Rahma, qui est président de la commission sur l’irrigation et l’agriculture au sein du Parlement soudanais, a ainsi déclaré que l’aide financière que recevait Khartoum de Riyad en échange de son soutien politico-militaire aux positions saoudiennes est en baisse. Il a ajouté que le Soudan avait voulu, dans les périodes précédentes, envoyer un message fort à l’Arabie saoudite en renforçant ses liens avec la Russie, la Turquie et d’autres pays.

Ce revirement du dictateur  soudanais prouve à quel point il est enclin à modifier ses positions, et ce parce que son adhésion à la coalition militaire de l’Arabie saoudite au Yémen et son ralliement au front américain ne lui avaient pas permis de récolter les milliards de dollars espérés et avaient mis le Soudan sous une importante pression iranienne.

Le président soudanais pensait, à tort, pendant des années que Washington et ses alliés arabes trouveraient un remède à tous les problèmes du Soudan et au marasme dont lequel il était plongé. Il a donc commencé à se soumettre à leurs injonctions et à défendre leurs politiques.

Il a même demandé à son ministre de l’investissement, Moubarak al-Fadel, de s’exprimer en public au sujet des avantages d’une normalisation avec Israël et de l’établissement des relations commerciales et politiques avec cette région. Cependant, les déclarations de Moubarak al-Fadel se sont avérées très impopulaires auprès de l’opinion publique soudanaise et son régime n’avait pas récolté de contrepartie.

Le Soudan lâche le front américano-saoudien, pour s’approcher de l’Iran 

À l’issue de sa rencontre avec le président russe Vladimir Poutine, à Moscou, Omar el-Béchir avait exprimé sa vive opposition à toute confrontation militaire ou politique contre l’Iran de l’autre. Il est même allé plus loin en accusant les États-Unis et l’Europe d’être de par leurs ingérences derrière les crises sévissant dans la région, en disant que les Américains et les Européens avaient contribué à la partition du Soudan.

Cette attitude exprime la frustration de Khartoum vis-à-vis de l’alliance américano-saoudienne  qu’il avait rejointe pendant un certain temps ainsi que sa volonté à intégrer le front de l’Iran et la Russie, selon un spécialiste soudanais.

Les nouvelles prises de position du dictateur soudanais  constituent l’un des signes de la confrontation entre l’alliance américano-saoudienne et le front de l’Iran et la Russie. Les récentes déclarations anti-iraniennes du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane renforce cette tension.

Cette simultanéité entre le rapprochement avec les Russes et les Iraniens nous pousse à conclure que le président soudanais a riposté en quelque sorte au prince saoudien, annonçant implicitement son divorce d’avec le gouvernement saoudien et la coalition anti-iranienne qu’il dirige.

Un autre point important à signifier est que  le dictateur Omar el-Béchir a changé  sa position vis-à-vis du président syrien Bachar al-Assad. “Il n’y aura pas la paix en Syrie sans Bachar Assad au pouvoir”, a-t-il réitéré il y a quelques jours.

Omar el-Béchir est à la tête d’un gouvernement dont la légitimité dépend fortement des Frères musulmans, un mouvement qui avait un rôle majeur dans le déclenchement de la lutte en Syrie et qui avait pour but de renverser le gouvernement syrien.

À l’issue du sommet tripartite de Sotchi où les présidents iranien, russe et turc se sont rencontrés il a quelques mois, Recep Tayyip Erdogan avait surpris tout le monde en n’excluant pas des contacts avec son homologue syrien Bachar al-Assad. Ce message bien clair et explicite pourrait être à l’origine de cette volte-face d’Omar el-Béchir en faveur de Bachar al-Assad. Le  rapprochement soudanais avec l’Iran et les russes passe inévitablement par le soutien politique du boucher de Damas.

el-Béchir est visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis par la CPI en 2009 et 2010 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis au Darfour, province de l’ouest du Soudan en proie depuis 2003 à une guerre civile qui a fait 330 000 morts, selon l’ONU.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

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